DEXA : mesurer sa composition corporelle et sa densité osseuse
La balance donne un seul chiffre. L'IMC en donne un autre, à peine plus utile. Aucun des deux ne dit ce qui compose ton corps : combien d'os, combien de muscle, combien de graisse, et où elle se trouve. La DEXA, elle, sépare ces compartiments.
Dans cet article, tu vas voir ce que mesure réellement la DEXA, comment lire un T-score, dans quels cas l'ostéodensitométrie est remboursée en France, et pourquoi cet examen compte dans le diagnostic de la sarcopénie. Tu verras aussi ses limites, qui sont réelles.
DEXA : de quoi parle-t-on ?
DEXA, ou DXA, signifie "dual-energy X-ray absorptiometry". En français : absorptiométrie biphotonique à rayons X. Le principe est simple. L'appareil envoie deux faisceaux de rayons X d'énergies différentes. L'os, la graisse et les tissus maigres ne les absorbent pas de la même façon. En comparant ce qui entre et ce qui sort, la machine calcule la part de chaque tissu.
Une image : c'est comme regarder un gâteau en couches à travers deux lampes de couleurs différentes. Chaque couche filtre la lumière à sa façon. En comparant les deux ombres, tu peux estimer l'épaisseur de chaque couche sans couper le gâteau.
Il faut distinguer deux usages de la même technologie :
- •L'ostéodensitométrie : mesure de la densité minérale osseuse, en général au rachis lombaire et à la hanche. C'est l'examen de référence pour l'ostéoporose.
- •La DEXA corps entier : mesure de la composition corporelle, avec la masse grasse, la masse maigre et le contenu minéral osseux, région par région.
L'examen dure moins de quinze minutes, sans injection ni prélèvement. Il utilise une très faible quantité de rayons X (ameli, 2024).
Ce que mesure la DEXA
La densité minérale osseuse
C'est l'usage historique. La densité osseuse mesurée prédit le risque de fracture. Une méta-analyse de onze populations, avec plus de 2 000 fractures, l'a quantifié chez la femme (Marshall et al., BMJ, 1996). Chaque baisse d'un écart-type de densité osseuse était associée à un risque de fracture multiplié par environ 1,5. Pour les fractures de hanche, avec une mesure à la hanche, il était multiplié par environ 2,6.
Les auteurs ajoutaient une nuance clé : la densité osseuse prédit un risque, mais ne permet pas d'identifier qui va se fracturer. Ils ne recommandaient pas de dépistage systématique des femmes ménopausées par cette seule mesure.
La masse grasse et la masse maigre
La DEXA corps entier sépare trois compartiments : graisse, tissu maigre et os. Elle donne ces valeurs pour les bras, les jambes et le tronc. Une revue publiée pour les 30 ans de la technologie rappelle que ces données ont longtemps été sous-utilisées, alors que la DEXA donne bien plus qu'un pourcentage de graisse global (Shepherd et al., Bone, 2017).
La répartition régionale est ce qui intéresse le plus en santé. Deux personnes avec le même poids et le même pourcentage de graisse peuvent avoir des profils de risque très différents selon l'endroit où se loge cette graisse.
La graisse viscérale
La graisse viscérale entoure les organes dans l'abdomen. C'est elle, plus que la graisse sous la peau, qui prédit le risque de diabète et de maladie cardiovasculaire (Kaul et al., 2012). Le lien avec le métabolisme est détaillé dans l'article sur la résistance à l'insuline.
La référence pour la mesurer reste le scanner ou l'IRM. Une étude de validation a comparé la DEXA au scanner chez 124 adultes de 18 à 90 ans (Kaul et al., Obesity, 2012). La concordance était très élevée, avec un coefficient de détermination d'environ 0,96. Dans la même étude, les corrélations entre graisse viscérale et IMC, tour de taille ou rapport taille-hanche allaient de faibles à modestes. Autrement dit, les mesures simples ne remplacent pas bien la mesure directe de la graisse viscérale. Il s'agit d'une seule étude de validation, sur un logiciel d'un constructeur donné.
Lire un T-score
Le résultat d'une ostéodensitométrie s'exprime en T-score. Il compare ta densité osseuse à celle d'un adulte jeune de même sexe, en nombre d'écarts-types. Un T-score de -2 veut dire que ta densité est inférieure de deux écarts-types à cette référence.
Les seuils utilisés par l'Assurance maladie sont les suivants (ameli, 2024) :
- •T-score supérieur à -1 : densité normale.
- •T-score entre -1 et -2,5 : ostéopénie.
- •T-score inférieur ou égal à -2,5 : ostéoporose.
- •T-score inférieur ou égal à -2,5 avec fracture : ostéoporose sévère.
Le T-score n'est qu'un élément. Le risque de fracture dépend aussi de l'âge, des antécédents, des chutes et d'autres facteurs. L'interprétation revient au médecin, qui l'intègre au reste du dossier.
L'ostéodensitométrie remboursée en France
En France, l'ostéodensitométrie par méthode biphotonique est prise en charge par l'Assurance maladie, sur prescription médicale, dans des indications précises issues des recommandations de la HAS (ameli, 2020 ; HAS, 2006). Le principe général : l'examen n'est indiqué que si son résultat peut modifier la prise en charge.
Premier examen, quel que soit l'âge ou le sexe :
- •Fracture vertébrale découverte sans traumatisme majeur ni contexte tumoral évident.
- •Fracture périphérique survenue sans traumatisme majeur.
- •Corticothérapie prolongée, en cours ou passée.
- •Maladies pouvant entraîner une ostéoporose : hypogonadisme prolongé, hyperthyroïdie, hypercorticisme, hyperparathyroïdie, ostéogenèse imparfaite.
Chez la femme ménopausée, en plus :
- •Antécédent de fracture du col du fémur sans traumatisme majeur chez un parent au premier degré.
- •IMC inférieur à 19 kg/m².
- •Ménopause avant 40 ans.
- •Antécédent de corticothérapie prolongée.
Second examen : à l'arrêt d'un traitement de l'ostéoporose, ou 3 à 5 ans après un premier examen normal ou montrant une ostéopénie sans traitement.
La mesure de composition corporelle corps entier ne figure pas dans ces indications. La DEXA n'est donc pas un examen de dépistage à faire "pour voir". Si tu penses entrer dans l'une de ces situations, c'est à discuter avec ton médecin.
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DEXA et sarcopénie : mesurer le muscle
La sarcopénie est une perte de force et de masse musculaire. Elle n'est pas réservée au grand âge, et elle pèse lourd sur l'autonomie. Le lien avec la masse musculaire après 60 ans est direct.
Le consensus européen EWGSOP2 a redéfini la sarcopénie en 2019 (Cruz-Jentoft et al., Age and Ageing, 2019). Son point central : la force passe en premier. La masse musculaire sert à confirmer. L'algorithme suit quatre étapes :
- •Repérer : questionnaire SARC-F.
- •Évaluer : force de préhension ou test de lever de chaise.
- •Confirmer : mesure de la masse musculaire, par DEXA en pratique clinique.
- •Grader la sévérité : tests de performance physique comme la vitesse de marche.
La DEXA mesure la masse musculaire appendiculaire, c'est-à-dire celle des bras et des jambes. Les seuils EWGSOP2 de faible masse musculaire sont de moins de 20 kg chez l'homme et moins de 15 kg chez la femme. Rapportés à la taille au carré, ils sont de moins de 7,0 kg/m² chez l'homme et moins de 5,5 kg/m² chez la femme.
Un groupe de travail européen sur la sarcopénie a conclu que la DEXA pouvait être considérée comme la méthode de référence pour mesurer la masse musculaire, mais pas comme un "gold standard" (Buckinx et al., Journal of Cachexia, Sarcopenia and Muscle, 2018). La nuance compte : aucune technique ne répond à tous les besoins.
Dans ma pratique de kinésithérapeute, la force se mesure en quelques minutes, avec un dynamomètre de préhension ou un test de lever de chaise. C'est d'ailleurs ce que le consensus place en premier. La mesure de masse par DEXA vient ensuite, quand le médecin la juge utile. Le muscle se perd souvent en même temps que la force et la puissance, et c'est souvent la force qu'on repère d'abord.
Les limites de la DEXA
La DEXA est précise, mais elle n'est pas infaillible.
La masse maigre n'est pas du muscle. Par définition, le tissu maigre regroupe tout ce qui n'est ni graisse ni os : le muscle, mais aussi l'eau, les organes et la peau. Le consensus EWGSOP2 précise que la mesure est influencée par l'état d'hydratation.
Les machines ne sont pas interchangeables. Selon EWGSOP2, des appareils de marques différentes ne donnent pas des résultats cohérents entre eux. Pour suivre une évolution, il faut refaire l'examen sur le même appareil.
Les conditions de mesure changent le résultat. Une revue méthodologique sur les sportifs a listé les sources d'erreur (Nana et al., International Journal of Sport Nutrition and Exercise Metabolism, 2015). Pour détecter de petits changements, les auteurs recommandent de standardiser le protocole : personne au repos, à jeun depuis la veille, en tenue minimale, positionnée de façon identique à chaque fois. Un repas, une séance d'entraînement ou un verre d'eau peuvent déplacer les chiffres.
La densité osseuse ne dit pas tout. Elle prédit un risque de fracture, mais ne désigne pas qui va se fracturer (Marshall et al., 1996). Les chutes, l'équilibre et la force comptent aussi.
En cabinet, j'observe souvent que les personnes se focalisent sur le poids ou le pourcentage de graisse, alors que la force et l'équilibre sont les premiers éléments à évaluer pour l'autonomie et le risque de chute. Un chiffre de composition corporelle isolé dit peu de choses sans ces données fonctionnelles.
Os et muscle : ce que change l'entraînement
Mesurer n'a d'intérêt que si l'on peut agir. Une revue Cochrane de 43 essais randomisés et 4 320 femmes ménopausées a évalué l'exercice sur la densité osseuse (Howe et al., Cochrane Database of Systematic Reviews, 2011). Le renforcement musculaire progressif des membres inférieurs était l'intervention la plus efficace pour le col du fémur. Les programmes combinant plusieurs types d'exercices étaient les plus efficaces pour la colonne.
L'effet était modeste, mais les auteurs le jugent potentiellement important. Aucun effet n'a été démontré sur le nombre de fractures, et la qualité de rapport des études était faible. L'exercice apparaît malgré tout comme un moyen sûr de limiter la perte osseuse.
Le même type d'entraînement, avec des charges progressives, est celui qui entretient la masse et la force musculaire. Os et muscle répondent au même signal : la contrainte mécanique. Avant de reprendre un entraînement en charge avec une ostéoporose connue, le programme se valide avec ton médecin.
Ce que j'en retiens
Ce qui suit est mon point de vue de kinésithérapeute, pas une recommandation médicale.
La DEXA est l'un des meilleurs outils disponibles pour regarder à l'intérieur du corps sans le couper. Elle sépare l'os, la graisse et le tissu maigre, et elle localise la graisse viscérale. C'est bien plus informatif qu'un poids ou un IMC.
Mais je pense qu'elle est parfois utilisée comme une fin en soi. Un chiffre de masse maigre varie avec l'hydratation, la machine et les conditions de mesure. Et la force, qui se teste simplement, reste le premier signal dans le consensus européen sur la sarcopénie.
Mon opinion : l'ostéodensitométrie a des indications claires en France, et si tu entres dans l'une d'elles, parles-en à ton médecin. Pour le reste, commence par ce qui se mesure facilement : force, équilibre, tour de taille, et les biomarqueurs de santé à suivre. La DEXA viendra compléter le tableau quand elle a une vraie indication.
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FAQ
Qu'est-ce qu'un examen DEXA ?
La DEXA, ou absorptiométrie biphotonique à rayons X, utilise deux faisceaux de rayons X de faible énergie pour distinguer l'os, la graisse et les tissus maigres. Elle sert à mesurer la densité minérale osseuse, en général au rachis et à la hanche, et peut aussi analyser la composition corporelle du corps entier. L'examen dure moins de quinze minutes, sans injection ni prélèvement.
Quelle est la différence entre ostéopénie et ostéoporose ?
Les deux se définissent par le T-score, qui compare ta densité osseuse à celle d'un adulte jeune. Un T-score entre -1 et -2,5 correspond à une ostéopénie. Un T-score inférieur ou égal à -2,5 correspond à une ostéoporose, qualifiée de sévère en présence de fracture. Le risque de fracture dépend aussi d'autres facteurs, évalués par le médecin.
L'ostéodensitométrie est-elle remboursée ?
Oui, sur prescription médicale et dans des indications précises définies à partir des recommandations de la HAS : fracture sans traumatisme majeur, corticothérapie prolongée, certaines maladies hormonales, et chez la femme ménopausée des facteurs comme une ménopause avant 40 ans ou un IMC bas. La mesure de composition corporelle corps entier ne fait pas partie de ces indications.
La DEXA mesure-t-elle vraiment le muscle ?
Elle mesure le tissu maigre, qui comprend le muscle mais aussi l'eau, les organes et la peau. La mesure varie avec l'hydratation et d'une marque d'appareil à l'autre. Un groupe d'experts européens la considère comme la méthode de référence pour la masse musculaire, mais pas comme un "gold standard". Dans le diagnostic de sarcopénie, la force s'évalue en premier.
Faut-il faire une DEXA pour suivre sa composition corporelle ?
Ce n'est pas un examen à faire sans indication. Si tu fais des mesures répétées, elles ne sont comparables que sur le même appareil et dans des conditions standardisées : au repos, à jeun, en tenue minimale, avec le même positionnement. Force, tour de taille et tests fonctionnels donnent déjà beaucoup d'informations. L'intérêt d'une DEXA est à discuter avec ton médecin.
Références
- •Cruz-Jentoft, A. J., et al. (2019). "Sarcopenia: revised European consensus on definition and diagnosis." Age and Ageing, 48(1), 16-31.
- •Buckinx, F., et al. (2018). "Pitfalls in the measurement of muscle mass: a need for a reference standard." Journal of Cachexia, Sarcopenia and Muscle, 9(2), 269-278.
- •Marshall, D., et al. (1996). "Meta-analysis of how well measures of bone mineral density predict occurrence of osteoporotic fractures." BMJ, 312(7041), 1254-1259.
- •Kaul, S., et al. (2012). "Dual-energy X-ray absorptiometry for quantification of visceral fat." Obesity, 20(6), 1313-1318.
- •Shepherd, J. A., et al. (2017). "Body composition by DXA." Bone, 104, 101-105.
- •Nana, A., et al. (2015). "Methodology review: using dual-energy X-ray absorptiometry (DXA) for the assessment of body composition in athletes and active people.%20for%20the%20assessment%20of%20body%20composition%20in%20athletes%20and%20active%20people)" International Journal of Sport Nutrition and Exercise Metabolism, 25(2), 198-215.
- •Howe, T. E., et al. (2011). "Exercise for preventing and treating osteoporosis in postmenopausal women." Cochrane Database of Systematic Reviews, (7), CD000333.
- •Haute Autorité de santé (2006). "Prévention, diagnostic et traitement de l'ostéoporose."
- •Assurance maladie (2020). "Prise en charge de l'ostéodensitométrie." ameli.fr.
- •Assurance maladie (2024). "Ostéoporose : diagnostic et évolution." ameli.fr.
Information générale, pas de conseil individuel. Ce contenu ne remplace pas une consultation avec un professionnel de santé et ne constitue ni un diagnostic, ni une prescription.